29 sept. 2016 - 16 juin 2017 Paris (France)

Programme et séances saison 2 - 2015-2016 > Séance 11 - Jeudi 16 juin 2016 - Pénétrer l’espace masculin (2e partie)

Jeudi 16 juin 2016

Pénétrer  l’espace masculin (2e partie) (à l'EHESS, salle du conseil A, R-1, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris)


Intervenantes : Charlotte Poupon (Université d'Artois, I DREAMT) et Audrey Millet (Paris8, IDHE) (à l'EHESS, bâtiment France)

Audrey Millet.

Dessiner au féminin. Apprentissage et condition salariale en manufacture (XVIIIe-XIXe siècles).

Résumé

A partir d’une base de données de 4000 dessinateurs, j’analyserai le genre du travail de la décoration des objets. Le personnel s’appliquant à la tapisserie, la soie, l’indienne, la porcelaine, le papier peint et la dentelle, objets de luxe et choses banales, sera analysé. Plusieurs questions sous-tendent cette communication : le dessin est-il une activité féminine ? Le dessin et la peinture sont-ils des applications genrées dans le cadre des manufactures françaises durant la première industrialisation ? Après une première partie quantitative, j’analyserai la formation des femmes et leur condition salariale afin de saisir les transformations à l’œuvre durant les XVIIIe et XIXe siècles.

 

Elements de bibliographie

Art et industrie : les enjeux de la formation, XVIIIe-XXe siècles, Artefact. Techniques, histoire et sciences humaines, CNRS Éditions, 2014, n°2 (coord. avec Stéphane Lembré)

« Genre et techniques dans le secteur textile. Angleterre, France, Asie (XVe-XIIIe siècle)», à paraître, 2016

« Le genre de l'ornement à la manufacture de Sèvres (XIXe siècle) » in F. Knittel et P. Raggi (dir.), Genre et techniques (XIXe-XXIe siècle), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013, p. 155-167

 

Biographie

Audrey Millet est docteure en histoire (Univ. Paris 8) et docteure ès Lettres (Univ. de Neuchâtel). Sa thèse porte sur « Les dessinateurs de fabrique (1750-1860) ». Elle travaille actuellement à l’édition commentée d’un manuscrit de dessinateur (1794-1862). Max Weber Fellow à l’European University Institute en 2016-2017, ses recherches porteront sur la mise en place d’une propriété des dessins de fabrique entre la France et la Suisse (XVIIIe-XIXe siècles). 

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 Charlotte Poupon

Les environnements isolés et confinés sont-ils [véritablement] hostiles aux femmes ?

 

RÉSUME

 

Les missions en environnements isolés et confinés, extrêmes et inhabituels – à savoir les patrouilles en sous-marins nucléaires, les hivernages en Antarctique ou encore les vols spatiaux habités – présentent un caractère éminemment masculin qui, malgré les avancées successives vers l’égalité des sexes, ne relève pas que de livres d’Histoire. Ils ont pour eux de renvoyer au mythe de l’explorateur viril qui a su dépasser l’adversité autant que se dépasser soi-même pour repousser les frontières des mondes connus. Tandis que femmes et enfants restaient sagement à la maison. On notera à ce sujet le vibrant hommage de Jules Dumont d’Urville au moment de baptiser la terre qu’il venait de découvrir au pôle Sud en 1841.

 

[…] j’annonçai aux officiers rassemblés en présence de l’équipage que cette terre porterait désormais le nom de terre Adélie. Cette désignation est destinée à perpétuer le souvenir de ma profonde reconnaissance pour la compagne dévouée qui a su par trois fois consentir à une séparation longue et douloureuse pour me permettre d’accomplir mes projets d’explorations lointaines.[1]

 

Certes, depuis l’année 2000, des femmes prennent régulièrement part aux hivernages antarctiques français, que ce soit sur la base côtière de Dumont d’Urville (le susnommé) ou la base continentale de Concordia ; certes, depuis 1963 – soit seulement deux ans après le vol de l’homme Gagarin –, les femmes font régulièrement partie des vols spatiaux, que ce soit jadis pour des missions courtes à bord de la navette américaine, ou encore aujourd’hui pour des vols de longue durée à bord de la station spatiale internationale ; mais à ce jour, les équipages des sous-marins de la Marine nationale française n’accueillent toujours pas de femmes. Un engagement du ministre de la Défense, en mars 2014, devrait changer la donne puisqu’en 2017 un sous-marin nucléaire lanceur d’engins devrait embarquer trois femmes.

 

Ce tournant historique dans la sous-marinade française est alors l’occasion de faire un point sur la réalité de la féminisation des missions en environnements extrêmes/inhabituels, isolés/confinés. Cette communication a une quadruple vocation :

 

-       présenter un rapide historique de la féminisation des trois environnements étudiés,

 

-       aborder la réalité de ce qu’est « être une femme » dans de tels environnements qui demeurent très masculins,

 

-       proposer une grille de lecture des réticences qui persistent afin de les dépasser,

 

La particularité de la communication proposée tient également à ce que son auteur ait réellement connu deux de ses trois terrains d’étude. D’abord en plongeant à bord d’un sous-marin pendant quatre jours, en tant qu’officier de réserve de la Marine nationale et designer sous engagement auprès de l’état-major pour le design de zones de vie des futurs sous-marins nucléaires d’attaques. Puis, en partant en campagne d’été en Antarctique comme conductrice d’engin pour le raid logistique terrestre qui relie la base d’Urville à celle de Concordia, soit trois semaines et 2400 km en convoi de tracteurs et en totale autonomie.

 

[1]Propos rapportés par le capitaine de vaisseau Jacquinot, commandant de La Zélée, dans Voyage au pôle Sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée, t. X, Paris, Gide et Compagnie, 1846, p. 186

 

 

Biographie

 

Charlotte Poupon est Designer industriel, Doctorante en géographie à l'Université d’Artois, dans le laboratoire Discontinuités (EA 2468), avec une Codirection en neurosciences de l'Institut de recherche biomédicale des Armées (IRBA).

 

 

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